24 septembre 2018

L’argent : la problématique

 L’amour de l’argent est une racine de tous les maux » c’est de façon provocante que la première épître à Timothée énonce le rapport à l’argent. Alors ne faut-il y voir qu’une simple condamnation religieuse qui renvoie à une tension plus fondamentale entre catholicisme et argent? Ou bien ne dit-elle pas aussi quelque chose de notre rapport paradoxal à l’argent ?

L’amour de l’argent pose question puisque aimer c’est choisir et se tourner vers quelqu’un ou quelque chose, mais pour la personne ou la chose elle-même. Or, l’argent en ce sens, n’est qu’un moyen qui sert à donner de la valeur à toute chose. Alors aimer l’argent, c’est vouloir l’argent pour l’argent.

Mais, l’énoncé ne se résume pas à un simple désir d’accumulation, il indique le rapport intime, un lien vibrant, une relation affective à l’argent. En ce sens, il est clair que l’on ne peut pas aimer l’argent comme on aime une personne. Cependant, si l’on considère l’argent comme ce par quoi tout prend de la valeur, alors aimer l’argent est ce qu’il y a plus rationnel. Ainsi, il vaut mieux aimer l’argent que des voitures, car c’est l’argent qui donne à la voiture sa valeur. Alors, on se lance dans des entreprises et des activités dans le but d’en avoir, d’en avoir toujours plus. Mais ne faudrait-il pas alors distinguer l’amour de l’argent pour le gain, qui est toujours au risque de sa propre conquête et de la perte, c’est ce qu’on appelle l’appât du gain et, si la chose était possible, l’amour désintéressé de l’argent ?

Mais peut-on vraiment aborder l’amour d’un point de vue rationnel ? La chose n’est-elle pas contradictoire ? Celui qui aime doit se mettre à la hauteur, sur le même plan de ce qui est aimé. Alors, qu’elles sont les implications éthiques de l’amour de l’argent ? Aimer l’argent n’est ce pas se dévaloriser, devenir un avar ? De l’autre, aimer l’argent, n’est-ce pas vouloir donner à l’argent la valeur qu’elle donne aux choses, voire trouver sa valeur par la possession de l’argent ? Alors, c’est la liberté qui est en jeu car on peut douter que nous pouvons rester libre quand on fait de l’argent un absolu.

Ainsi, « l’amour de l’argent » pose problème car comment peut-il être le moteur du gain, le fondement d’une dynamique économique, et à la fois une limite éthique qui manifeste notre soumission à une réalité matérielle ? D’un mot, comment l’amour de l’argent peut-il être le fondement de la liberté économique, du libéralisme et à la fois ce qui nous prive de notre liberté sur un plan éthique ?

Alors, Peut-on aimer l’argent ? En quoi cet amour consisterait-il, à quoi tiendrait-il ? Est-il bon, mauvais ? Ces à ces questions que nous tenterons de répondre ce soir.